Plus j’observe l’extérieur, plus je me dis que l’on ressemble à des machines. Après tout, nous avalons des règles, intégrons des paradigmes, sans toujours les questionner — sinon de manière limitée en pensant exercer son « esprit critique » — et on avance avec, en conditionnant nos réactions, se construisant une cohérence à travers nos propres paradoxes.

Retour au sujet ! 😮 Aujourd’hui, j’ai décidé de consacrer un petit article à la valeur « travail ».

La nécessité du travail

Il va de soi que sans travail, la société ne pourrait pas être telle qu’on la connaît. Mais est-ce pour autant qu’il est « nécessaire » ?

« Travaille ! »

Pourquoi ? Le point de vue peut varier selon que l’on perçoive cette nécessité comme un impératif catégorique ou hypothétique : travailler est-il inconditionnellement une fin en soi, ou le fait-on dans un but particulier ?

En général on considère que c’est pour la seconde option. 🙂

Qu’est ce qu’est le travail ?

Avant tout, il me paraît opportun de définir ce que représente ce terme car sa signification a évolué au cours des siècles.

Apparemment 🙄 son étymologie prendrait naissance à l’Antiquité en référence à un instrument (tripalium) destiné à attacher les animaux ou les esclaves, par extension à une corvée réservée aux castes inférieures. Au XIIe siècle, ce mot désigne également un tourment, une souffrance.

Ainsi travailler n’a pas toujours été modèle de vertu. 😈

Ce n’est qu’au haut Moyen Âge que le travail aurait commencé à prendre le sens qu’on lui connaît actuellement : une tâche permettant la subsistance de la communauté, du bien commun, et l’expiation de nos péchés. Avant d’acquérir, à la Renaissance, une connotation plus « noble et utile ».

Aujourd’hui, le travail est d’avantage défini comme une activité rémunérée, et productive (au sens économique). J’utiliserai cette définition.

Pourquoi travaille t-on ?

Beaucoup le font par défaut, que ce soit pour sur/vivre ou s’assurer une certaine stabilité sociale, sinon un confort de vie, critères sélectifs en vue de l’insertion dans une communauté. Un peu plus rares sont ceux qui exercent par passion, ou pure philanthropie. Généralement les gens tentent de concilier plusieurs bouts.

Travailler est aussi, pour quelques uns, devenu un moyen de sortir de l’isolement, voire s’octroyer une valeur, se mettre du « bon côté » de la société, à travers des processus de validation et reconnaissance sociale, en partie basés sur la notion de mérite.

Pourtant on peut bien vivre sans travailler ?

Oui… On songe facilement aux bénéficiaires d’aides sociales cependant de nombreux actionnaires, rentiers, ou individus générant des revenus passifs appartiennent aussi au cercle. 🙂

Bien que pouvant se permettre de « ne pas avoir d’activité », une des différences est que les premiers (aux revenus plus modestes) seront plus aisément pointés du doigt. Tandis que les seconds possèderont à priori plus de « statut », attisant des critiques d’un autre ordre.

De même, l’usage de l’argent n’est pas toujours indispensable. En attestent de nombreuses personnes qui ont opté pour une « vie alternative » dans la simplicité et le bonheur modeste. Ceux-ci auront par exemple une vie nomade, à base de troc, de partage etc… Notre modèle de vie (« à l’occidentale ») n’est pas universel. Malheureusement de tels choix ne seront pas compatibles avec les exigences (ou nécessités, capacités) de chacun.

C’est pourquoi nous travaillons avant tout pour répondre à nos propres besoins, lesquels peuvent plus ou moins être conditionnés par les dogmes transmis par notre environnement.

Vive la croissance

Dans les médias et discussions quotidiennes, j’entends régulièrement parler de « croissance ». Pourtant tous ne sauraient expliquer en détail en quoi elle consiste, si ce n’est que « c’est une bonne chose car plus de croissance, plus de travail, plus d’argent, moins de misère ». 😮

Par « croissance » on se réfère fréquemment au PIB (produit intérieur brut), un des indicateurs de la « richesse d’un pays ». Malgré tout celui-ci comporte ses failles, car le PIB ne mesure pas toutes les richesses produites ni reflète le bien être d’une population. [1]

C’est ainsi qu’une destruction causée par la guerre sera favorable à la croissance. [2] … Alors qu’un patron qui se marie avec sa femme de ménage pour en faire une femme au foyer nuira certainement à la croissance. [3] 🙂

La « croissance », si bonne que ça ?

L’argent n’a de valeur que celle qu’on lui donne, n’est principalement qu’un vecteur… Concrètement : plus il y a d’argent, pas nécessairement y aura t-il moins de misère. En effet, une mauvaise répartition des ressources est susceptible de contribuer à l’augmentation des inégalités.

L’important concerne plutôt la gestion de ces ressources.

Celles-ci sont par ailleurs limitées, et à ce rythme leur exploitation massive aboutirait à une catastrophe mondiale. De quoi s’interroger sur la viabilité de notre fonctionnement économique. [4]

… Un fonctionnement à l’origine d’une quantité de pratiques dignes des pires films d’horreurs, se déroulant toutefois derrière le rideau de notre théâtre social (je vous laisser imaginer). 👿

Un système auto-entretenu

De l’école à la vie professionnelle, tout en passant par les diverses structures qui nous accompagnent, le citoyen se retrouve formaté en vue d’adhérer à des normes, et alors intégrer le « système ».

Il peut néanmoins se démarquer, refuser et tenter de ressentir son libre-arbitre, voire même façonner le monde à sa manière. N’en reste pas moins qu’il n’a pas emprise sur tout…

Par « système », j’entends cette gigantesque roue qui nous entraîne dans son sillage et que l’on ne peut arrêter seul tant son inertie est immense. Mais dont nous sommes pour beaucoup dépendants et ne pourrions faire sans, si elle venait à s’arrêter.

La fragmentation du savoir

Un constat particulièrement frappant (à mon sens) est la fragmentation du savoir : l’enseignement, ainsi que les corps de métiers, me semblent particulièrement cloisonnés.

(Toutefois les secteurs ne sont pas complètement isolés et savent parfois s’enrichir de compétences mises en commun.)

Très tôt une spécialisation dans un domaine est souvent exigée, limitant alors la vision d’ensemble de l’individu standard. D’ailleurs elle fait de lui un maillon remplaçable, défini par ses compétences et son métier (on le remarque à travers le marché de l’emploi).

Cette spécialisation a évidemment un sens, personne n’est capable de tout connaître alors autant se concentrer là où on peut.

Le fractionnement de ces compétences en tâches simples indépendantes le rend d’autant plus substituable par des machines.

Par contre, lorsque cette limitation concerne de « grands influenceurs » du système — souvent axés sur la communication plus que la résolution de « problèmes majeurs », leurs prises de décisions peuvent aller à l’encontre de leurs propres positions, voire porter préjudice à ceux qu’ils sont censés représenter.

Nous rentrons ainsi dans une société qui fonctionne beaucoup sur l’émotionnel. Avec les bonnes et mauvaises conséquences que ces choix comportent…

Se libérer de sa cage


[1] Leopold Kohr — Toward a new measurement of living standards. The American Journal of Economics and Sociology (1956) et The overdeveloped nations (1977)
[2] https://information.tv5monde.com/info/croissance-pib-la-grande-escroquerie-3992
[3] http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/Epouser-sa-femme-de-m%C3%A9nage-fait-baisser-le-PIB-%21
[4] Un système sans lendemain, Dermot O’ Connor (35 minutes, 2012)