Sectarisme égalitaire

A force de présenter « l’égalité » tel un idéal absolu, on oblitère rapidement les différences qui peuvent nous séparer. Or des inégalités existent intrinsèquement à l’état naturel, et tenter de gommer tout ce qui nous distingue ne rendra pas forcément le monde plus « juste ».

Mais qu’est ce qu’un monde juste ?

Egalitarisme inter espèces

Notre espèce tend à percevoir son environnement de manière anthropocentrée, en s’accordant une place de choix — notamment au sommet de la chaîne alimentaire. La valeur de formes de vie tierces passe alors régulièrement au second plan, afin de servir les intérêts de notre développement.

Abattoir

La présence de liens de subordination (ex : un animal domestique « appartient à »), ainsi que la légitimation de massacres à des fins festives ou simplement alimentaires, dénotent — entre autres — des écarts de traitements inter espèces.

Cependant l’homme est susceptible d’en prendre conscience et les juger « injustes ». Il se met parfois à prêter des traits humains (à tort ou à raison) à des espèces non-humaines, ce via l’observation de leurs conduites.

Une dérive possible est l’adoption de pratiques vantées comme permettant de préserver leur intégrité, alors qu’allant à l’encontre même de leur physiologie, voire volonté.

Exemples :

  • On castre un animal pour son « bien » (dont on se sera préalablement persuadé)
  • Pour soulager la brave bête de la souffrance vécue à l’intérieur des abattoirs, plutôt que directement supprimer ces camps (difficile car peu rentable)… on lui promet une mort « rapide et décente » (on dira que c’est mieux que rien)
  • Nombreux sont ceux qui clament l’égalité humain/non-humain mais maintiennent des rapports hiérarchiques
  • Si toute vie est égale en tout point et doit être traitée de la même façon, pourquoi ferait-on exception des plantes, insectes… ? (parce que leur « douleur » nous est moins évidente ? qu’il est moins aisé de leur reconnaître un caractère humain ?)

Egalitarisme intra espèces

Si des inégalités de considération sont flagrantes entre espèces, elles peuvent également l’être au sein d’un même taxon.

Citarum

L’adoption d’un modèle hiérarchique n’est pas systématique, mais il semblerait que toute société — ou culture — suffisamment complexe donne lieu à une organisation en pôle(s). Dans laquelle chacun des agents aurait un rôle dédié au sein du groupe (ex : leader, éxécutant, pourvoyeur, etc).

(Organisation non spécifique aux humains.)

Répartition des richesses (2012)

De même, une mise en opposition bien connue est celle entre riches/pauvres où les premiers partent, dit-on souvent, avec un avantage et en bénéficient tout au cours de leur vie.

Mais on trouvera aussi moult autres critères qui provoquent de houleux débats et/ou dissensions :

  • le genre
  • l’appartenance religieuse
  • la tranche d’âge
  • l’opinion politique
  • la « race »
  • le physique, la « beauté »
  • « l’intelligence »

… (liste non exhaustive)

Pour pallier à ces différences certaines mesures furent initiées par principe d’équité, sinon volonté d’une « égalité totale ».

De toute bonne volonté puisse t-on partir, ces mesures engendrent des traitements de faveur à l’égard de certaines classes d’individus et détrimentaires envers d’autres, donc introduisent de nouvelles inégalités.

Or, il va de soi que personne n’est vraiment égal et qu’il s’agit d’un idéal moral. Placer chacun sur un piédestal, et nier les qualités qui lui sont propres — tout comme les « défauts » — revient à vouloir uniformiser/normaliser leurs caractéristiques.

En résulte fréquemment un phénomène de déni, voire de nivellement par le bas (puisqu’il faut se câler sur ce qui atteignable par tous).

« La force d’une chaîne dépend de son maillon le plus faible »

Conclusion

L’idéal égalitaire est souvent confondu avec désir d’équité, de respect, et amène à des contradictions manifestes susceptibles de nuire à l’objet même de la lutte.

Souvent, cette égalité recherchée se manifeste par la volonté d’être « pris en considération » — avoir sa part du gâteau. Plus généralement obtenir une reconnaissance universelle, morale, en droits et possibilités.

Malgré tout, nous ne sommes jamais absolument égaux. Tenir compte des différences de chaque être (tout en adoptant une organisation adéquate) permettrait probablement de profiter d’une synergie bien plus constructive pour « l’intérêt commun ». Mais pour des raisons diverses (économiques, conflits d’intérêts, corruption, incohérences, discriminations, complaisance…), une telle mise en oeuvre semble ardue, voire exigerait l’instauration d’un régime un tant soit peu autoritaire.

Finalement, peut-être que le monde est-il plus juste à travers ses injustices (et ses luttes spontanées). 🙂

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